LE PHOTOJOURNALISME SELON SAINT THOMAS (Apocryphe)



Voila enfin le premier article de ma rubrique qui soit accompagné d'images. Ne vous semblait-il pas étrange que je consacre deux de nos éditions au regard et à l'image sans ne jamais rien (dé)montrer ? Les questions posées, les arguments avancés n'étaient en quelque sorte appuyés d'aucune preuve visible... n'est-ce pas ?

J'affirmais avec force que l'image photographique ne pouvait en aucune sorte constituer un indice (au sens strict) lors de l'explications des faits observés et retranscrits dans la presse, notamment.

Bref, je traitais par écrit d'un sujet qui habituellement ne se lit pas mais se regarde.

Les deux photos que je vous présente là ont été prise à Perpignan durant la période de Noël, il y a quelques années. Je marchais dans la rue quand soudain le mouvement de la foule devant moi m'avertit qu'un événement inhabituel étant en train de se produire. Les gens s'écartèrent rapidement et je pu voir un policier en train de molester un homme à terre. L'homme avait du sang sur le visage. Au moment où je pris la première photo, il l'immobilisait en posant son pied sur lui (tel st Georges avec le Dragon vaincu). Quand les civils arrivèrent l'homme fut traîné sur la chaussée de l'autre côté de la rue. Le deuxième cliché montre ce dernier quand, après avoir encore reçut quelques coups, on lui mit les menottes pour l'embarquer dans la clio banalisée.

Ces clichés m'ont amené à m'interroger sur le bien-fondé de la présence d'images dans la presse (écrite et télévisuelle). Pendant l'action je n'eus que quelques secondes pour faire mes photos : sur le moment je ne comprenais pas ce qu'il se passait. En fait, plus tard en discutant avec un ancien photographe j'eus la confirmation de mon intuition : quand on se trouve pris dans l'action toute l'attention est portée sur le cliché à réaliser. La photographie prise n'est alors que la conséquence d'un réflexe. Par le savoir faire et les performances techniques du matériel le résultat est sensiblement supérieur à mes deux clichés mais la démarche est la même : l'enregistrement systématique des événements sensationnels susceptibles d'appuyer l'article qui sera réalisé après l'action.

Après avoir vu ces deux photographies vous ne pouvez pas affirmer que "la police pratique la violence sur les citoyens pour les protéger d'eux mêmes", car la seule chose qui peut le laisser penser c'est mon récit. Les images photographiques ou télévisuelles, elles, ne permettent simplement que d'attester de la présence du témoin sur le lieu de l'action.Vous pouvez donc légitimement le mettre en doute. Pensez-vous à le faire quand vous lisez les articles de journaux ou quand vous regarder la télévision ?


St Thomas

-avril 2000-




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