Garde ton innocence, immuable piété humaine.





Sans cri, ni sursaut, un enfant s'anime. Il n'est ni celui de l'un, ni celui de l'autre, mais sa propre image. Rien ne laisse traces sur sa peau. Rien n'atteint ni ne modifie son esprit, ses sens. Il n'erre pas mais s'achemine ; lent processus d'une vie qui n'est plus humaine. Coulant le sang de ses pleurs qui ne se tariront qu'à l'approche de la mort, l'être néant.

Echappe-toi et observe les vies multipliées qui jamais ne se touchent. Frôle la sensualité d'une chair qui devient notre. Déchire le cri de la jouissance qui s'étiole face au squelette. Et ramène les vents effroyables qui nous bouleversent, les délires aquatiques des songes humains ; le désespoir vorace qui les suit.

Laisse, immobiles, ton corps, ton être, au bord du gouffre, qu'il ne se passe rien sauf le mouvement du silence et du temps qui s'avancent, majestueusement ridicules, incroyablement invisibles ; ces dieux assurés de leur matérialité, profiteurs de la soumission des hommes.

Brise les bras, les jambes, les sens, l'esprit, l'éveil de ceux qui te regardaient en face ; pas de coté ni à l'envers mais en plein centre de ce que tu es.

L'enfant, lui, sourit.

Eclat de sa solitude des hauteurs, son cynisme se salit des impuretés humaines, sa colère et sa rage comme conséquences . Pureté même pas née déjà assassinée, déjà rougie de son propre sang, souillée de ses propres crachats... Choses immuables que l'on porte en soi et que l'on identifie chez les autres.

Camille

-Automne 2001-




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